C'était il y a quelques jours, à l'occasion du lancement de la 8ème édition du festival Médias en Seine, Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'IA et du Numérique annonçait les mesures du gouvernement français pour sécuriser l'espace numérique avant les échéances électorales à venir. La ministre a annoncé la création d'un portail unique de signalement des désordres numériques, destiné à centraliser les signalements actuellement dispersés entre différents canaux. Elle a également évoqué le renforcement des pouvoirs d'enquête de l'ARCOM et la mise en place d'un dispositif de veille pour gagner en réactivité face aux campagnes de désinformation. « Des puissances autoritaires ont compris que pour affaiblir nos démocraties, il n'est plus nécessaire de franchir nos frontières. Il suffit de perturber nos débats, d'exacerber nos divisions, de semer le doute sur les faits, la science, la vérité et nos institutions », a-t-elle ainsi indiqué en préambule. Ina Wirkonnen, vice-présidente de la Commission européenne a pour sa part, présenté le « Democracy Shield », un ensemble de mesures pour protéger les médias indépendants et renforcer la résilience démocratique en Europe. Elle a également annoncé la création du programme « Agora EU » pour soutenir financièrement le journalisme local et indépendant après 2028.

Le fact-checking en riposte aux nouvelles menaces

Un peu plus tard, une table ronde consacrée au fact-checking a réuni Fabrice Fries (AFP), Agnès Vahramian (franceinfo), Andrew Roy (CNN) et Thomas Lindner (Frankfurter Allgemeine Zeitung). Fabrice Fries en a profité pour détailler l'organisation mise en place à l'AFP : 140 journalistes dédiés au fact-checking sur tous les continents, travaillant en 26 langues pour vérifier les informations circulant sur les réseaux sociaux. Ces fact-checkeurs collaborent directement avec les équipes de terrain lors des grandes actualités internationales, comme récemment au Venezuela ou en Iran. « Le mensonge à échelle industrielle de certains politiques » constitue selon lui la première difficulté, nécessitant une organisation en trois couloirs horaires pour permettre aux équipes de se relayer sans travailler en continu. Le président-directeur général de l'Agence France Presse a cependant révélé que ces mêmes fact-checkeurs subissaient de plus en plus de pressions et de cyberharcèlement, notamment en Europe de l'Est, où leurs identités et leurs adresses mails étaient révélées sur les réseaux sociaux. Du côté de Franceinfo, le fact-checking tend à être intégré au cœur de la ligne éditoriale. « La meilleure façon de lutter contre la désinformation, c'est tout simplement de faire de l'information », a ainsi affirmé Agnès Vahramian, directrice de franceinfo.

L'éducation aux médias comme réponse de long terme

Le festival a également mis l'accent sur l'éducation aux médias comme stratégie de reconquête de la confiance. Agnès Vahramian a présenté le programme « J'apprends l'info », développé avec Bayard Jeunesse, qui propose des webinaires interactifs où les jeunes de 7 à 15 ans se mettent dans la peau d'un journaliste pour comprendre ce qu'est un fait, une source ou une vérification. Face au succès de ce programme auprès des enseignants, franceinfo travaille désormais avec d'autres médias francophones sur un programme d'éducation aux médias destiné aux adultes, souvent plus vulnérables aux fake news circulant sur WhatsApp ou Facebook. L'AFP propose de son côté des formations gratuites via la plateforme afpdigitalcourses.com, ayant déjà formé près de 50 000 journalistes dans le monde à l'investigation numérique et à la détection des contenus manipulés. Fabrice Fries a souligné l'évolution des formats utilisés, avec davantage de vidéos verticales et de tutoriels adaptés aux codes des réseaux sociaux pour expliquer comment faire une recherche inversée d'image ou détecter les indices d'une photo générée par IA. Thomas Lindner a partagé l'expérience du Frankfurter Allgemeine Zeitung qui mène depuis 45 ans des projets avec les écoles et dispose d'un portail pour enseignants regroupant 25 000 inscrits. Le journal allemand propose chaque année une trentaine de cas d'étude prêts à l'emploi pour les classes, facilitant le travail pédagogique des professeurs.

Parmi les autres tables rondes organisées durant la journée, on a pu assister à « Sous influence : comment les médias résistent à la guerre informationnelle » ou encore « Intelligence Artificielle : sommes-nous capables de maîtriser son rôle ? ». Cette 8ème édition de Médias en Seine a ainsi dressé un état des lieux des initiatives menées par les acteurs de l'information pour faire face aux défis de la désinformation, de l'IA générative et de la défiance du public. Entre régulation politique, innovation dans les pratiques journalistiques et éducation du public, les intervenants ont dessiné les contours d'une stratégie globale pour préserver l'information de qualité dans l'écosystème numérique.

Cette nouvelle édition a attiré 7 100 participants en présentiel et digital. D'ores et déjà, la 9ème édition se prépare.